Samia Orosemane m’accueille avec une attèle au genou. Elle s’est déplacé la rotule sur scène. ? Comme Molière je finirai ma vie sur scène ?, s’amuse à dire cette jeune femme de 29 ans. Petit accident lors de son dernier spectacle, qui l’a assignée à résidence pendant une semaine. Samia a grandi à Clichy-sous-Bois. Le théatre est venu à elle à 12 ans, par l’intermédiaire de sa prof de fran?ais qui avait proposé des cours de théatre les mercredis après-midi. Pas beaucoup d’activités au collège, elle décide donc de s’y inscrire.
Premier exercice : l’improvisation, au cours duquel elle arrive à verser des larmes. ? Je me suis rendu compte que j’arrivais exprimer les émotions, c’est ce qui m’a donné envie de continuer dans le théatre ?, explique-t-elle. Elle choisit un lycée de Drancy (plus de deux heures de trajets aller-retour quotidiens) pour son option théatre au bac. Elle suit des cours privés à Livry-Gargan, y rencontre celui qui deviendra son futur mari. ? Les cours privés étaient payants mais comme j’étais clychoise, on ne m’a jamais demandé de l’argent ?, raconte-t-elle.
20 ans : elle décide de traverser le périph et de passer les concours pour entrer dans l’un des conservatoires municipaux de Paris. Elle fera partie des quatre ? graines de comédien ?, sur 21 candidats qui postulaient ce jour-là, à être admise. Aujourd’hui encore, elle n’en revient pas : ? J’étais la seule Maghrébine à passer l’audition. ?
Très vite elle se dit qu’elle ne fait pas partie de ? leur monde ?. ? Les élèves comédiens étaient tous des fils à papa, ils n’avaient pas à travailler, appart payé par les parents, 2000 francs d’argent de poche. Moi, je mettais 1h30 en transport pour aller au conservatoire. Je travaillais à l’usine, j’étais toute fière d’être indépendante financièrement de mes parents. C’était deux mondes différents et j’étais fière d’avoir réussi à rentrer dans leur monde. Mon impression, toutefois, était qu’on m’avait prise au conservatoire pour faire du social. ?
A la fin de la première année, malgré son manque d’assiduité, le directeur du conservatoire municipal est séduit par la ? générosité qu’elle dégage sur scène ? et l’encourage à persévérer dans le métier. Mais elle quittera l’école à la fin de la 2e année : ? « Soit tu es plus assidue et tu travailles plus pour le théatre, soit tu travailles pour bouffer », m’ont dit les professeurs. Je n’ai pas compris leur réflexion car j’avais eu de bonnes notes de la part des professionnels du métier qui assistent aux examens de fin d’année. ?
Samia est voilée dans la vie comme sur scène. Elle a décidé de le porter après deux années passées au Conservatoire. Deux années après lesquelles elle quitte la prestigieuse école. ? Porter le voile ne doit pas t’empêcher de continuer à vivre tes passions, affirme-t-elle. Je veux être appréciée pour mes qualités morales et non pour mon para?tre. Contrairement à ce qui ce dit partout, les filles voilées ont une vie. Avec un groupe d’amies voilées, il nous est arrivé de louer des salles pour faire la fête, entre nous. Les filles voilées sont des filles normales, elles sont comme tout le monde. ?
Dans la vie, Samia est nounou. Par choix. ? Les seules personnes avec qui le contact est pur, c’est avec les gamins, je ne supportais plus l’hypocrisie et la fourberie des adultes. Je suis payée pour faire des bisous et des calins, c’est le meilleur boulot au monde. C’est le monde des Bisounours. ?
Elle n’a pas pour autant abandonné le théatre, qui est la grande passion de sa vie. Elle décide donc de monter son propre spectacle, ? Samia et les 40 comiques ?, qu’elle garantit ? sans vulgarité ?. ? Beaucoup d’amis m’avaient raconté que les spectacles qu’ils allaient voir, comme ceux du Comedy Club de Jamel Debbouze, étaient trop vulgaires et qu’ils leur étaient difficile d’y aller en famille. ? Dans son spectacle, ? pas d’insultes, de gros mots, de sexe ?. Il réunit une quinzaine de comique, Booder, Phil Darwin pour les plus connus, et Samia est la chef d’orchestre de cette troupe. Ses sketchs s’inspirent de la vie quotidienne. Et le succès est au rendez-vous.
Un spectacle ? sans vulgarité ?, quèsaco ? ? Il existe différents types d’humour, explique-t-elle. Pour certains publics, les gros mots et les blagues salaces ne font pas rire. Les références culturelles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Cet humour sans grossièreté, c’est le mien et c’est ce que recherche le public qui vient nous voir. Pour preuve, les salles sont pleines. ?
Son spectacle attire beaucoup de musulmans. ? Mon concept de spectacle peut en effet plaire à ceux de la communauté musulmane qui ne veulent pas entendre parler de sexualité quand ils sortent en soirée. Je voulais créer un lieu de divertissement. Mes spectacles ont lieu les dimanches après-midi, afin que les filles de la communauté puissent venir. A des heures qui se situent en dehors des prières, pour ne pas avoir à choisir entre divertissement et pratique de sa foi. ?
Quand on est comédienne et qu’on porte un foulard musulman, trouve-t-on facilement des salles où se produire ? ? C’est moi qui avance les fonds, dit-elle. Lorsque je vais voir les directeurs de salles de spectacle, la seule chose qu’ils regardent c’est si le spectacle va rapporter de l’argent. Ils ne prêtent pas attention à mon foulard. ?
A une ? soeur ? qui lui fait remarquer que sa fa?on de porter le foulard n’est pas la bonne –Samia porte un col roulé et un voile en turban sur les cheveux –, elle répond que ? l’essentiel ?, à savoir les cheveux, est couvert. De sa peau, elle ne montre que son visage et ses mains. Dans un sketch sur le hidjab, elle raconte avec humour comment le regard des gens sur elle a changé depuis qu’elle porte le foulard. Elle ne s’interdit rien : ? J’ai même joué dans un cabaret féminin plein de lesbiennes, car ma religion est synonyme de tolérance. ?
? Je n’en vis pas de la scène, mais je ne cours pas après l’argent. ? Elle insiste toujours auprès des directeurs de salles pour que le prix des places, à Paris, ne dépasse pas 15 euros. Un ? ancien pote ? l’a un jour arnaquée, il est parti avec la caisse. Elle lui faisait confiance. ? Mais ce n’est pas un drame. ? Samia rit de tout et surtout d’elle, de ses rondeurs de ses origines. Ce qui lui importe c’est la reconnaissance du public et non pas, dit-elle, celle du milieu artistique, qui l’a trop souvent ? dé?u ?. Après Samia est les 40 comiques, elle a très envie de créer un one woman show.
Latifa Zahi
? Samia et le 40 comiques ?, dimanche 7 mars à 16H30, Salle Chanteloup à Aulnay-sous-bois (1 avenue Nonneville). Prix : 8 euros.
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samedi 16 avril 2011
dimanche 10 avril 2011
Le rap n’est ni le déshonneur ni l’avenir du ghetto
Un soir, durant une de mes tournées de livraison (marchandise honorable, soyez rassurés) dans le 95, entre Beauchamp et Enghien-les-Bains, agacé par ce silence de mort et la solitude, j’allume la radio. Je dirige la fréquence du bout du doigt et me retrouve sur une station musicale pour jeunes, plus précisément pour ados. Et là ! Et là ! Et là ! Je tombe sur une Chose ! Selon mes critères, je définirais cette Chose comme… un navet. Un morceau de musique rap complètement déplumé de toute profondeur aussi bien dans l’instrumental que dans les textes. ?a parle de ? dernier parfum à la mode ?, des ? dernières Gucci ?, de ? pain de mie ?. Bref, ayant quand même un certain respect pour le travail qu’ont fait ces bons hommes dans le passé, je ne révélerai pas leur identité.
Ah ! Le passé du rap, justement. Beaucoup le regardent avec des yeux humides et nostalgiques. Time Bomb, La Cliqua, 45 scientific… A ce sujet, si vous pensez que le propos de ce papier est de dire ? le rap c’était mieux avant ?, je vous préviens que vous faites fausse route. Peut-être le premier paragraphe vous aura-t-il induit en erreur : toutes mes excuses, ce n’étaient que des mesures d’échauffement pour mon poignet, test micro ! Check ! Ok, c’est parti !
En se promenant sur les forums hip hop des sites spécialisés, on tombe fréquemment sur les mêmes critiques à l’envers de la tournure qu’a connue le rap : ? C’est que du bizness ?, ? c’est commercial ?, ? ils se prennent pour des gangsta, mais c’est que des bouffons ?… Ces critiques sont empreintes d’une dose de na?veté inquiétante. Nan mais franchement, faut se réveiller ! Où se trouvent la plupart des rappeurs ? bankable ? ? Dans des grosses maisons de disques, des ? majors ? comme on dit. Peu importe le type de contrat qui lie ces rappeurs (en licence ou autre), ils se trouvent dans un système qui va au-delà du rap, c’est le monde des ? billets violets ? et autres ? easy money ?. Donc forcément ils doivent adapter leur approche de manière commerciale (ce mot en fait fuir beaucoup).
La stratégie a bien été résumée par Joey Starr dans une interview où il expliquait qu’il fallait faire un morceau ? commercial ?, léger, pour attirer l’attention des gens vers leurs albums, où ils trouveront là des morceaux plus ? digestes ?. Et ils sont nombreux à le faire, si ce n’est tous.
Toutefois, on retrouve assez fréquemment des trajectoires échappant à cette logique que certains définissent comme ? capi-capi-capi-capitaliste, égo?ste et narcissique ?. Les années 1999 et 2000 seront marquées par le premier véritable gros coup commercial du rap en structure indépendante, avec la sortie d’un album considéré comme le meilleur album du rap fran?ais encore aujourd’hui. Il s’agit de ? Mauvais ?il ? du groupe Lunatic.
Des textes conscients, sombres, durs et crus qui leur ont fermé la porte des majors et des radios mais pas celle du succès. Au total, plus de 120 000 exemplaires vendus, grace notamment à la structure indépendante qu’ils ont mise sur pied à l’époque et qui n’existe plus maintenant : le label 45 scientific.
Plus récemment et toujours dans la rubrique des rois de la débrouille, on retrouve un autre rappeur qui a surpris les charts en France, c’est LIM (à noter : ancien membre du 45 scientific) qui en 2007 au sein de sa propre structure Tousillicites production et avec l’album ? Délinquant ? est arrivé premier au top album et aujourd’hui est disque d’or à son tour. Ses textes sont également très crus et lui ont valu une diffusion très limitée sur les ondes. Voici pour cette liste non exhaustive de ces ? HLM résidents ?, qui à la base ne sont que de simples passionnés et sont parvenus à déjouer tout un système. Passionnés par un art qui leur a ouvert une tribune leur permettant d’exprimer leur quotidien et par-là même, d’en vivre pour certains.
Petit malaise, quand même, tout petit malaise. Malgré le caractère assez exceptionnel de ces trajectoires, il est ? surprenant ? de constater la manière dont les médias (quotidiens, hebdos, télé, radios) font la sourde oreille au sujet de ces rappeurs, issus des quartiers populaires, avec tout le lot de difficultés sociales (ils ne sont pas ? fils de ?, leur environnement n’est pas forcément propice à l’éclosion d’une carrière) et économiques que cela comporte. Il faut attendre 3 heures du matin pour voir les clips rap ou payer le cable pour avoir accès aux chaines spécialisées.
Au début des années 90 il y avait Rapline sur M6. A cette époque, le rap prenait doucement son envol. Pourquoi, au moment où ce genre musical rapporte de l’argent (beaucoup d’argent) et est écouté par une frange importante de la population, n’a-t-il aucune visibilité sur les plateaux télé ? Le service public n’ouvre pas ses portes à ces artistes qui représentent un auditoire qui paye la redevance. Au final, nous retrouvons aux c?tés de Michel Drucker toujours les mêmes (en général ses potes) Johnny Halliday, Michelle Torr, Sheila… Des chanteurs quadruplement liftés qui pour la plupart nous ressortent leur morceaux d’il y a 20 voire 40 ans. Si bien que la télé fran?aise le samedi soir dégage une vieille odeur de cuir craquelé. Franchement, entre nous, qui regarde ces émissions ?
C’est une limite que le rap n’a pas réussi à dépasser, et malgré ses nombreux coups d’éclat, il semble que le microcosme de l’exception culturelle à la fran?aise ne veuille pas s’ouvrir à d’autres horizons et à d’autres codes. Comble de cette méconnaissance, le soir où Kery James a interprété ? A l’ombre du show bizness ?, son morceau avec Charles Aznavour sur le plateau de l’incontournable et indécrottable Michel Drucker. A la fin de sa prestation, M. Drucker s’approche du rappeur et lui dit : ? Merci d’avoir fait tes grands débuts avec Charles ?… ? T’es fooouuuuu toi ? aurait pu lui répondre Kery James qui a sorti son premier album à l’age de 14 ans. Cela fait plus de 10 ans qu’il rappe, qu’il remplit des salles, qu’il traverse la France, qu’il vend des disques ; de quels ? grands débuts ? M. Drucker parle-t-il ? Des débuts aux c?tés du grand Charles, peut-être…
Quelle le?on tirer de tout cela ? Au-delà même du cadre musical du rap, la réussite de ces artistes doit être une source d’espoir, dans le sens où elle donne le go?t de l’effort à nos concitoyens des ghettos. Par exemple, on peut ne pas apprécier les textes et la démarche artistique de certains, mais retirer du positif de leur réussite. Le Ghetto Fabulous Gang ou LIM sont un bon exemple, qu’on prenne leur démarche musicale avec du recul ou non. A force de travail et de foi en eux-mêmes, ils ont réussi à faire leur place. Même si dans leurs propos il y a beaucoup de déchets, il reste indéniable que derrière, il y a eu un travail de terrain qui a payé.
Mais maintenant, pour aller au fond des choses, croire qu’une musique va changer positivement nos quartiers relève de la folie. Ce n’est pas en criant sur scène ? Lève ton point en l’air yyyeeeaaaaahhhhhh !!! ? que la discrimination qui fait tant de mal aux quartiers populaires dispara?tra. Tout comme ce n’est pas en chantant un hymne aux banlieusards que l’on va faire d’eux des ingénieurs ou des PDG !
Jusqu’à preuve du contraire les principales inégalités et injustices se sont dissipées via le politique ou des actions concrètes. Rosa Park ne s’est pas mise à gesticuler et à se dandiner dans le bus pour obtenir le droit de s’installer où bon lui semblait. Malcolm X lorsqu’il prenait la parole, ne s’est pas mis à chantonner le chant des esclaves. TOI, qui es à fond dedans, arrête de croire que le rap va changer les choses, cela reste un art et de la musique. Lorsque Rohff vend 300 000 albums, tout part dans sa poche. Tu as beau crier comme un dingue durant ses concerts ou en écoutant son CD dans ta Fiat Panda, mon frère, quand tu passeras le palier de ton appartement ou de ta maison, tu seras toujours ch?meur, dans la galère et incompris.
Lorsqu’il y eut les émeutes revendicatrices de 2005, on a vu Joey Starr venir nous apprendre à aller voter. C’était mignon. Mais je me souviens qu’avant que ?a pète, il était surtout visible au c?té de la Jet Set et n’en avait que faire des quartiers populaires. Cela me fait penser à ces artistes de la variet’ qui vivent 364…bon, allez, on va dire 360 jours, 360 jours sans se préoccuper des SDF et des pauvres et qui viennent chanter un soir pour récolter des fonds.
Non et non ! Le changement viendra de la capacité des lascars à se rassembler dans le cadre d’un projet commun, fait de politique et de respect. Alors, au lieu de brasser du vent au-dessus de ton cuir chevelu avec tes mains, baissent les et fais-en quelque chose de concret… Check !
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Ah ! Le passé du rap, justement. Beaucoup le regardent avec des yeux humides et nostalgiques. Time Bomb, La Cliqua, 45 scientific… A ce sujet, si vous pensez que le propos de ce papier est de dire ? le rap c’était mieux avant ?, je vous préviens que vous faites fausse route. Peut-être le premier paragraphe vous aura-t-il induit en erreur : toutes mes excuses, ce n’étaient que des mesures d’échauffement pour mon poignet, test micro ! Check ! Ok, c’est parti !
En se promenant sur les forums hip hop des sites spécialisés, on tombe fréquemment sur les mêmes critiques à l’envers de la tournure qu’a connue le rap : ? C’est que du bizness ?, ? c’est commercial ?, ? ils se prennent pour des gangsta, mais c’est que des bouffons ?… Ces critiques sont empreintes d’une dose de na?veté inquiétante. Nan mais franchement, faut se réveiller ! Où se trouvent la plupart des rappeurs ? bankable ? ? Dans des grosses maisons de disques, des ? majors ? comme on dit. Peu importe le type de contrat qui lie ces rappeurs (en licence ou autre), ils se trouvent dans un système qui va au-delà du rap, c’est le monde des ? billets violets ? et autres ? easy money ?. Donc forcément ils doivent adapter leur approche de manière commerciale (ce mot en fait fuir beaucoup).
La stratégie a bien été résumée par Joey Starr dans une interview où il expliquait qu’il fallait faire un morceau ? commercial ?, léger, pour attirer l’attention des gens vers leurs albums, où ils trouveront là des morceaux plus ? digestes ?. Et ils sont nombreux à le faire, si ce n’est tous.
Toutefois, on retrouve assez fréquemment des trajectoires échappant à cette logique que certains définissent comme ? capi-capi-capi-capitaliste, égo?ste et narcissique ?. Les années 1999 et 2000 seront marquées par le premier véritable gros coup commercial du rap en structure indépendante, avec la sortie d’un album considéré comme le meilleur album du rap fran?ais encore aujourd’hui. Il s’agit de ? Mauvais ?il ? du groupe Lunatic.
Des textes conscients, sombres, durs et crus qui leur ont fermé la porte des majors et des radios mais pas celle du succès. Au total, plus de 120 000 exemplaires vendus, grace notamment à la structure indépendante qu’ils ont mise sur pied à l’époque et qui n’existe plus maintenant : le label 45 scientific.
Plus récemment et toujours dans la rubrique des rois de la débrouille, on retrouve un autre rappeur qui a surpris les charts en France, c’est LIM (à noter : ancien membre du 45 scientific) qui en 2007 au sein de sa propre structure Tousillicites production et avec l’album ? Délinquant ? est arrivé premier au top album et aujourd’hui est disque d’or à son tour. Ses textes sont également très crus et lui ont valu une diffusion très limitée sur les ondes. Voici pour cette liste non exhaustive de ces ? HLM résidents ?, qui à la base ne sont que de simples passionnés et sont parvenus à déjouer tout un système. Passionnés par un art qui leur a ouvert une tribune leur permettant d’exprimer leur quotidien et par-là même, d’en vivre pour certains.
Petit malaise, quand même, tout petit malaise. Malgré le caractère assez exceptionnel de ces trajectoires, il est ? surprenant ? de constater la manière dont les médias (quotidiens, hebdos, télé, radios) font la sourde oreille au sujet de ces rappeurs, issus des quartiers populaires, avec tout le lot de difficultés sociales (ils ne sont pas ? fils de ?, leur environnement n’est pas forcément propice à l’éclosion d’une carrière) et économiques que cela comporte. Il faut attendre 3 heures du matin pour voir les clips rap ou payer le cable pour avoir accès aux chaines spécialisées.
Au début des années 90 il y avait Rapline sur M6. A cette époque, le rap prenait doucement son envol. Pourquoi, au moment où ce genre musical rapporte de l’argent (beaucoup d’argent) et est écouté par une frange importante de la population, n’a-t-il aucune visibilité sur les plateaux télé ? Le service public n’ouvre pas ses portes à ces artistes qui représentent un auditoire qui paye la redevance. Au final, nous retrouvons aux c?tés de Michel Drucker toujours les mêmes (en général ses potes) Johnny Halliday, Michelle Torr, Sheila… Des chanteurs quadruplement liftés qui pour la plupart nous ressortent leur morceaux d’il y a 20 voire 40 ans. Si bien que la télé fran?aise le samedi soir dégage une vieille odeur de cuir craquelé. Franchement, entre nous, qui regarde ces émissions ?
C’est une limite que le rap n’a pas réussi à dépasser, et malgré ses nombreux coups d’éclat, il semble que le microcosme de l’exception culturelle à la fran?aise ne veuille pas s’ouvrir à d’autres horizons et à d’autres codes. Comble de cette méconnaissance, le soir où Kery James a interprété ? A l’ombre du show bizness ?, son morceau avec Charles Aznavour sur le plateau de l’incontournable et indécrottable Michel Drucker. A la fin de sa prestation, M. Drucker s’approche du rappeur et lui dit : ? Merci d’avoir fait tes grands débuts avec Charles ?… ? T’es fooouuuuu toi ? aurait pu lui répondre Kery James qui a sorti son premier album à l’age de 14 ans. Cela fait plus de 10 ans qu’il rappe, qu’il remplit des salles, qu’il traverse la France, qu’il vend des disques ; de quels ? grands débuts ? M. Drucker parle-t-il ? Des débuts aux c?tés du grand Charles, peut-être…
Quelle le?on tirer de tout cela ? Au-delà même du cadre musical du rap, la réussite de ces artistes doit être une source d’espoir, dans le sens où elle donne le go?t de l’effort à nos concitoyens des ghettos. Par exemple, on peut ne pas apprécier les textes et la démarche artistique de certains, mais retirer du positif de leur réussite. Le Ghetto Fabulous Gang ou LIM sont un bon exemple, qu’on prenne leur démarche musicale avec du recul ou non. A force de travail et de foi en eux-mêmes, ils ont réussi à faire leur place. Même si dans leurs propos il y a beaucoup de déchets, il reste indéniable que derrière, il y a eu un travail de terrain qui a payé.
Mais maintenant, pour aller au fond des choses, croire qu’une musique va changer positivement nos quartiers relève de la folie. Ce n’est pas en criant sur scène ? Lève ton point en l’air yyyeeeaaaaahhhhhh !!! ? que la discrimination qui fait tant de mal aux quartiers populaires dispara?tra. Tout comme ce n’est pas en chantant un hymne aux banlieusards que l’on va faire d’eux des ingénieurs ou des PDG !
Jusqu’à preuve du contraire les principales inégalités et injustices se sont dissipées via le politique ou des actions concrètes. Rosa Park ne s’est pas mise à gesticuler et à se dandiner dans le bus pour obtenir le droit de s’installer où bon lui semblait. Malcolm X lorsqu’il prenait la parole, ne s’est pas mis à chantonner le chant des esclaves. TOI, qui es à fond dedans, arrête de croire que le rap va changer les choses, cela reste un art et de la musique. Lorsque Rohff vend 300 000 albums, tout part dans sa poche. Tu as beau crier comme un dingue durant ses concerts ou en écoutant son CD dans ta Fiat Panda, mon frère, quand tu passeras le palier de ton appartement ou de ta maison, tu seras toujours ch?meur, dans la galère et incompris.
Lorsqu’il y eut les émeutes revendicatrices de 2005, on a vu Joey Starr venir nous apprendre à aller voter. C’était mignon. Mais je me souviens qu’avant que ?a pète, il était surtout visible au c?té de la Jet Set et n’en avait que faire des quartiers populaires. Cela me fait penser à ces artistes de la variet’ qui vivent 364…bon, allez, on va dire 360 jours, 360 jours sans se préoccuper des SDF et des pauvres et qui viennent chanter un soir pour récolter des fonds.
Non et non ! Le changement viendra de la capacité des lascars à se rassembler dans le cadre d’un projet commun, fait de politique et de respect. Alors, au lieu de brasser du vent au-dessus de ton cuir chevelu avec tes mains, baissent les et fais-en quelque chose de concret… Check !
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dimanche 3 avril 2011
Danseuse de charme - première leçon !
Ce soir, j’ai rendez-vous avec moi-même. Plus précisément avec mon corps. Mes cours de danse ont pris fin il y a peu et m’aventurer dans une expérience différente avec mon enveloppe corporelle me séduit. A quelques pas de l’Arc de triomphe, le Secret Square, ? temple du glamour et de la volupté ?, m’attend. La petite porte en velours noir s’ouvre à l’heure dite. L’obscurité qui règne me transporte instantanément dans l’ambiance du cabaret, dans l’univers de la nuit et des jeux interdits. La rambarde en bois massif accompagne ma longue descente vers la salle de restaurant, qui est des plus intimidantes.
Le bar faiblement illuminé fait face à la petite estrade circulaire où le spectacle se donne. Des petites tables rondes avec fauteuils de velours rouge jouxtent le podium à moins d’un mètre. Après avoir été chaleureusement re?ue et après avoir endossé le tee-shirt de la maison, prêté pour l’occasion ; fébrile, je tente cependant de me mettre à l’aise. J’écoute Léa, la directrice artistique du lieu, une ancienne danseuse, dont l’unique pièce de tissu laisse appara?tre un corps magnifiquement entretenu. J’observe attentivement les lents mouvements de son corps déployé dans l’arène de la volupté.
Lenteur dans la marche autour de la barre, pauses pour admirer le corps se livrer, regard qui fixe et suggère le désir : la séquence érotique est assurée. Léa explique comment faire de même en prodiguant moult conseils. Son regard, à la fois bienveillant, un tantinet lubrique et excité me rend nerveuse. Chaque regard lancé doit être rempli de désir. La posture d’une strip-teaseuse enseignant son art me trouble.
Mon tour arrive. Je me dois de minauder, corporellement, entièrement. J’imite mon professeur, fais quantité d’erreurs. J’enregistre : marcher à pas de loup, jeter un regard par derrière l’épaule, encha?ner très lentement les poses qui éveillent l’appétit sexuel. Il faut apprendre à dompter la barre, pas facile. A moins que ce ne soit moi ? Je répète : prendre tout son temps, poser, cambrer son dos, caler son fessier contre la barre. J’aurais du mal à soutenir le regard d’un public. Je ne suis pas farouche mais tarde à trouver le tempo de l’exercice, la tonalité de la sensualité.
Bien que les positions de pole dance m’y aident, j’ai des difficultés à retenir les pas, à ne pas douter. Sous le haut patronnage de ma coach d’un jour, je me mets dans la peau d’une show-woman. Je feins le désir, je fais semblant, je m’abandonne partiellement. Même après 1h30 d’essai, l’exercice est loin d’être facile. L’expérimenter me fait comprendre la prouesse d’un tel show. Assumer son corps et ce qu’il peut évoquer, donner à voir, susciter ; je poursuivrai l’aventure dans la vraie vie, c’est s?r. Au Secret Square, un jour peut-être.
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Le bar faiblement illuminé fait face à la petite estrade circulaire où le spectacle se donne. Des petites tables rondes avec fauteuils de velours rouge jouxtent le podium à moins d’un mètre. Après avoir été chaleureusement re?ue et après avoir endossé le tee-shirt de la maison, prêté pour l’occasion ; fébrile, je tente cependant de me mettre à l’aise. J’écoute Léa, la directrice artistique du lieu, une ancienne danseuse, dont l’unique pièce de tissu laisse appara?tre un corps magnifiquement entretenu. J’observe attentivement les lents mouvements de son corps déployé dans l’arène de la volupté.
Lenteur dans la marche autour de la barre, pauses pour admirer le corps se livrer, regard qui fixe et suggère le désir : la séquence érotique est assurée. Léa explique comment faire de même en prodiguant moult conseils. Son regard, à la fois bienveillant, un tantinet lubrique et excité me rend nerveuse. Chaque regard lancé doit être rempli de désir. La posture d’une strip-teaseuse enseignant son art me trouble.
Mon tour arrive. Je me dois de minauder, corporellement, entièrement. J’imite mon professeur, fais quantité d’erreurs. J’enregistre : marcher à pas de loup, jeter un regard par derrière l’épaule, encha?ner très lentement les poses qui éveillent l’appétit sexuel. Il faut apprendre à dompter la barre, pas facile. A moins que ce ne soit moi ? Je répète : prendre tout son temps, poser, cambrer son dos, caler son fessier contre la barre. J’aurais du mal à soutenir le regard d’un public. Je ne suis pas farouche mais tarde à trouver le tempo de l’exercice, la tonalité de la sensualité.
Bien que les positions de pole dance m’y aident, j’ai des difficultés à retenir les pas, à ne pas douter. Sous le haut patronnage de ma coach d’un jour, je me mets dans la peau d’une show-woman. Je feins le désir, je fais semblant, je m’abandonne partiellement. Même après 1h30 d’essai, l’exercice est loin d’être facile. L’expérimenter me fait comprendre la prouesse d’un tel show. Assumer son corps et ce qu’il peut évoquer, donner à voir, susciter ; je poursuivrai l’aventure dans la vraie vie, c’est s?r. Au Secret Square, un jour peut-être.
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dimanche 27 mars 2011
« Elle m’a craché dessus en me disant que j’étais une bâtarde »
Le 16 octobre, le Tribunal correctionnel de Bobigny a examiné une plainte pour esclavage domestique. Madame S. est employée de mairie en banlieue parisienne et Monsieur S. chauffeur de taxi de nuit. Il leur est reproché d’avoir gardé à leur domicile pendant près de 10 ans, Rose (prénom modifié) qu’ils auraient soumise à des conditions de travail inhumaines alors qu’elle était arrivée chez eux encore enfant. La plaignante réclame 180 000 euros à titre de dommages et intérêts, le procureur a requis huit mois de prison ferme contre Madame S. et deux mois contre son mari. Le verdict sera rendu le 6 novembre.
Vous avez porté plainte contre M. et Mme S. dans le cadre de la loi de 2003 qui ? punit la traite des êtres humains ?. Pourquoi ?
Je suis arrivée chez monsieur et madame S. lorsque j’avais 11 ans J’en suis partie quand j’en avais 20. Imaginez-vous ce que cela fait, 9 ans de votre enfance, de ma vie d’adolescente puis de femme ? Madame S. me frappait et m’insultait régulièrement. Des coups, des insultes, presque quotidiennement. De mon arrivée en France, je n’ai plus eu d’enfance, ni adolescence.
Justement, comment êtes-vous arrivée en France ?
Madame S. et moi, sommes arrivées en septembre 97. Elle s’est occupée de toutes les démarches, mais je ne sais pas exactement comment et si mes papiers étaient en règle ou non. De toute fa?on, par la suite, je n’ai plus revu mes papiers. Nous étions dans un pavillon qui se trouvait à Bondy dans le 93. J’avais fait l’école primaire quand j’étais au Mali avant la mort de mon père et la langue fran?aise m’avait été enseignée. Mais lorsque je suis arrivée, je ne la parlais déjà plus. Très vite, Mme S. m’a montré ce que je devais faire. Mais c’est rapidement devenu insupportable. Plus j’en faisais, plus elle m’en demandait. Bien s?r, je ne suis jamais allée à l’école pendant ces années. C’est seulement en regardant la télé lorsque j’ai commencé à vouloir m’en sortir que j’ai réappris le fran?ais.
Quelles émissions ?
Je regardais ? Les chiffres et les lettres ? lorsque je le pouvais. Comme ils épelaient des mots et les écrivaient, je pouvais les mémoriser, et puis il y avait également les enfants. M. et Mme S. refusaient de parler le bambara, même s’ils le comprenaient. Ils parlaient fran?ais entre eux et. Alors, j’étais obligée de me débrouiller en fran?ais.
Vous aviez donc le temps de regarder la télévision ?
Cela peut sembler étrange, car je commen?ais mes journées dès 7 heures et je les finissais vers 10 heures. Mais durant la journée, je pouvais rester seule une grande partie du temps. à ces moments-là, j’en profitais pour tenter de regarder la télévision.
Comment aviez-vous fait leur connaissance ?
J’ai rencontré Mme S. à Bamako, au Mali. Elle était alors en vacances chez son cousin, au Mali. Ma demi-s?ur était chez le couple S. eux lorsque nous nous sommes rencontrées. Mme S. m’a proposé de venir en France. Mais je n’avais jamais entendu parler de ce pays et je ne savais même pas comment on faisait pour s’y rendre. Mais pour m’emmener avec elle, elle avait besoin de l’accord de quelqu’un de ma famille. Elle a donc d’abord demandé l’autorisation au cousin de ma mère.
Pourquoi au cousin plut?t qu’à vos parents ?
Je vivais à Bamako chez ce membre de ma famille. Je lui avais été confiée après le décès de mon père. Elle était seule et elle avait également mes deux frères dont elle devait s’occuper. Maman voulait que j’aie une vie plus douce et elle ne pouvait plus assumer seule les besoins de notre famille qui était trop grande. En France, cela peut sembler étrange d’agir ainsi, mais elle avait besoin d’aide et c’est comme cela que j’ai quitté mon village pour vivre à Bamako
Et votre cousin vous a laissée partir avec une inconnue sans aucune contrepartie ?
Elle m’avait dit que je l’aiderais un peu dans sa maison, en me parlant de petites choses, comme d’aller chercher ses enfants a l’école. Elle a dit qu’on pouvait lui faire confiance et qu’elle avait elle-même des enfants. Selon elle, si je venais en France, je pourrais aller à l’école, travailler et profiter d’une vie plus aisée. Elle lui a également affirmé qu’en tant que mère, elle comprenait la responsabilité qu’il y avait à confier son enfant à une autre personne. Mon cousin a alors pris la décision d’accepter de m’envoyer en France sans que ma mère soit au courant. C’est seulement après qu’elle a appris la nouvelle alors qu’il était trop tard. J’étais déjà en France.
Comment Madame S .et son mari agissaient-ils envers vous ?
Devoir en parler est difficile. Cela m’aide et c’est douloureux en même temps. Lorsque j’en parle, tous les souvenirs reviennent. Par exemple, elle pouvait me donner des coups au point de me faire tomber et continuer pendant que j’étais au sol à coups de pied. Des insultes aussi, un jour elle m’a craché dessus en me disant que j’étais une batarde qui ne méritait pas la vie que ma mère m’avait donnée et qu’elle aurait d? avorter. Une autre fois, elle m’a attrapée par la gorge et m’a dit que de toute fa?on, elle pouvait faire de moi ce qu’elle voulait, car personne ne savait en France que j’existais, qu’elle pouvait me tuer et que ma mère ne pourrait pas venir m’aider. J’avais une quinzaine d’années. Avec le temps, ces comportements sont devenus plus fréquents.
Et les autres membres de la famille ?
Monsieur S. ne m’a jamais frappée, mais il assistait aux insultes et aux brimades et se contentait de dire à sa femme de me renvoyer en Afrique. En fait, je ne me faisais jamais frapper en sa présence. Lorsque cela arrivait, c’était toujours t?t le matin ou en soirée alors qu’il était absent, car il travaillait comme taxi de nuit. Quant aux enfants, ils reproduisaient le comportement de la mère. Très rapidement, aux insultes s’ajoutaient les moqueries quotidiennes ou l’on me comparait, ainsi que ma famille, à un animal. Je ne faisais pas partie de leur famille et l’on me le faisait bien comprendre. Mais ma situation a commencé à devenir intenable, car les enfants ont eu de plus en plus un comportement agressif.
Par exemple ?
Un jour son fils a?né m’a attrapé par la gorge. J’ai essayé de me défendre, mais il est très grand et avait déjà 18 ans. Quand il m’a lachée, il m’a dit que de toute fa?on, je n’étais rien sans sa mère et son père.
N’avez-vous jamais voulu partir ?
Je ne connaissais personne et ils étaient mon seul repère dans ce pays. Comme on me demandait d’être discrète et de ne pas parler aux gens pour ne pas risquer d’être expulsée, je restais seule la plupart du temps. Madame S. me disait même que je devais me sentir heureuse d’être chez elle et que je leur devais l’argent du billet d’avion. Selon elle, je serais morte de faim si j’avais d? rester en Afrique. Comment aurais-je pu partir ? Et puis, durant ces années, les gens ont peu semblé être surpris de la situation. Je devais leur donner l’impression que j’allais bien. C’est seulement au moment de l’adolescence que quelques personnes ont posé des questions. C’est pourquoi, à ce moment-là, elle m’a payé des cours de fran?ais au CNED. Mais comme il s’agissait de cours destinés à des adultes, ils n’étaient pas adaptés à mon niveau.
Comment s’est produit le déclic qui vous a amenée à vous enfuir ?
Je ne parlais à personne et marchais toujours seule. Aux environs de 16 ans, le décalage entre ma situation et celles des autres jeunes filles de mon age devenait de plus en plus important. Je les voyais marcher dans la rue, discuter ensemble tandis que ma solitude devenait de plus en plus décalée. Elle me pesait de plus en plus. Une voisine avait une fille dans la même école que celle où je venais chercher des enfants. C’est cette personne qui m’a aidée tout d’abord. Elle m’a amenée à la mission locale de Bondy. De là, on m’a ensuite mise en relation avec l’association Iris puis avec le Comité contre l’esclavage moderne.
(Le téléphone sonne. Elle arrête la conversation puis revient en me demandant de l’excuser, car il s’agissait d’une copine.) Cela veut dire que vous avez des amis maintenant…
Maintenant, dans le cadre de l’association, j’ai rencontré des amies qui me soutiennent et qui sont passées par des situations aussi horribles ou bien pires que la mienne. Cela m’a beaucoup aidée car j’ai longtemps cru que j’étais toute seule. Comprendre que ces comportements se reproduisent chez certaines personnes qui nous volent notre enfance, cela m’a aidée à dépasser cela.
Que comptez- vous faire maintenant et comment pouvez-vous rester en France si vous n’avez pas de papiers ?
Pour l’instant, je prends le temps. J’ai déposé plainte pour ces faits d’esclavage moderne. Dans le cadre de cette loi, on m’a donnée une autorisation de séjours de six mois qui me permet de rester en France pour l’instant. J’essaie d’avancer lentement. Pour le reste, je souhaite réellement voir ma famille. Je n’ai jamais pu parler à ma mère durant toute cette période. Il y a également les études, car j’essaie maintenant de passer le CAP de fleuriste que j’ai commencé. Ce sont les seules choses importantes pour moi pour l’instant avec ce procès bien s?r.
Propos recueillis par Axel Ardes
L’esclavage moderne est un phénomène qui touche, en France, très majoritairement de jeunes femmes sans famille, quelquefois mineures. En France, 60% sont originaires d’Afrique, 23 % d’Asie. 50 % d’entre elles sont victimes de violences physiques. Selon un rapport du Conseil de l’Europe dirigé par John Connor en 2001, plusieurs milliers de femmes en Europe vivent cette situation. Mais, les enfants ou jeunes femmes sont souvent confiés ou ? vendus ? à un membre de leur famille ou de leur communauté d’origine dans l’espoir d’un avenir meilleur.
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Vous avez porté plainte contre M. et Mme S. dans le cadre de la loi de 2003 qui ? punit la traite des êtres humains ?. Pourquoi ?
Je suis arrivée chez monsieur et madame S. lorsque j’avais 11 ans J’en suis partie quand j’en avais 20. Imaginez-vous ce que cela fait, 9 ans de votre enfance, de ma vie d’adolescente puis de femme ? Madame S. me frappait et m’insultait régulièrement. Des coups, des insultes, presque quotidiennement. De mon arrivée en France, je n’ai plus eu d’enfance, ni adolescence.
Justement, comment êtes-vous arrivée en France ?
Madame S. et moi, sommes arrivées en septembre 97. Elle s’est occupée de toutes les démarches, mais je ne sais pas exactement comment et si mes papiers étaient en règle ou non. De toute fa?on, par la suite, je n’ai plus revu mes papiers. Nous étions dans un pavillon qui se trouvait à Bondy dans le 93. J’avais fait l’école primaire quand j’étais au Mali avant la mort de mon père et la langue fran?aise m’avait été enseignée. Mais lorsque je suis arrivée, je ne la parlais déjà plus. Très vite, Mme S. m’a montré ce que je devais faire. Mais c’est rapidement devenu insupportable. Plus j’en faisais, plus elle m’en demandait. Bien s?r, je ne suis jamais allée à l’école pendant ces années. C’est seulement en regardant la télé lorsque j’ai commencé à vouloir m’en sortir que j’ai réappris le fran?ais.
Quelles émissions ?
Je regardais ? Les chiffres et les lettres ? lorsque je le pouvais. Comme ils épelaient des mots et les écrivaient, je pouvais les mémoriser, et puis il y avait également les enfants. M. et Mme S. refusaient de parler le bambara, même s’ils le comprenaient. Ils parlaient fran?ais entre eux et. Alors, j’étais obligée de me débrouiller en fran?ais.
Vous aviez donc le temps de regarder la télévision ?
Cela peut sembler étrange, car je commen?ais mes journées dès 7 heures et je les finissais vers 10 heures. Mais durant la journée, je pouvais rester seule une grande partie du temps. à ces moments-là, j’en profitais pour tenter de regarder la télévision.
Comment aviez-vous fait leur connaissance ?
J’ai rencontré Mme S. à Bamako, au Mali. Elle était alors en vacances chez son cousin, au Mali. Ma demi-s?ur était chez le couple S. eux lorsque nous nous sommes rencontrées. Mme S. m’a proposé de venir en France. Mais je n’avais jamais entendu parler de ce pays et je ne savais même pas comment on faisait pour s’y rendre. Mais pour m’emmener avec elle, elle avait besoin de l’accord de quelqu’un de ma famille. Elle a donc d’abord demandé l’autorisation au cousin de ma mère.
Pourquoi au cousin plut?t qu’à vos parents ?
Je vivais à Bamako chez ce membre de ma famille. Je lui avais été confiée après le décès de mon père. Elle était seule et elle avait également mes deux frères dont elle devait s’occuper. Maman voulait que j’aie une vie plus douce et elle ne pouvait plus assumer seule les besoins de notre famille qui était trop grande. En France, cela peut sembler étrange d’agir ainsi, mais elle avait besoin d’aide et c’est comme cela que j’ai quitté mon village pour vivre à Bamako
Et votre cousin vous a laissée partir avec une inconnue sans aucune contrepartie ?
Elle m’avait dit que je l’aiderais un peu dans sa maison, en me parlant de petites choses, comme d’aller chercher ses enfants a l’école. Elle a dit qu’on pouvait lui faire confiance et qu’elle avait elle-même des enfants. Selon elle, si je venais en France, je pourrais aller à l’école, travailler et profiter d’une vie plus aisée. Elle lui a également affirmé qu’en tant que mère, elle comprenait la responsabilité qu’il y avait à confier son enfant à une autre personne. Mon cousin a alors pris la décision d’accepter de m’envoyer en France sans que ma mère soit au courant. C’est seulement après qu’elle a appris la nouvelle alors qu’il était trop tard. J’étais déjà en France.
Comment Madame S .et son mari agissaient-ils envers vous ?
Devoir en parler est difficile. Cela m’aide et c’est douloureux en même temps. Lorsque j’en parle, tous les souvenirs reviennent. Par exemple, elle pouvait me donner des coups au point de me faire tomber et continuer pendant que j’étais au sol à coups de pied. Des insultes aussi, un jour elle m’a craché dessus en me disant que j’étais une batarde qui ne méritait pas la vie que ma mère m’avait donnée et qu’elle aurait d? avorter. Une autre fois, elle m’a attrapée par la gorge et m’a dit que de toute fa?on, elle pouvait faire de moi ce qu’elle voulait, car personne ne savait en France que j’existais, qu’elle pouvait me tuer et que ma mère ne pourrait pas venir m’aider. J’avais une quinzaine d’années. Avec le temps, ces comportements sont devenus plus fréquents.
Et les autres membres de la famille ?
Monsieur S. ne m’a jamais frappée, mais il assistait aux insultes et aux brimades et se contentait de dire à sa femme de me renvoyer en Afrique. En fait, je ne me faisais jamais frapper en sa présence. Lorsque cela arrivait, c’était toujours t?t le matin ou en soirée alors qu’il était absent, car il travaillait comme taxi de nuit. Quant aux enfants, ils reproduisaient le comportement de la mère. Très rapidement, aux insultes s’ajoutaient les moqueries quotidiennes ou l’on me comparait, ainsi que ma famille, à un animal. Je ne faisais pas partie de leur famille et l’on me le faisait bien comprendre. Mais ma situation a commencé à devenir intenable, car les enfants ont eu de plus en plus un comportement agressif.
Par exemple ?
Un jour son fils a?né m’a attrapé par la gorge. J’ai essayé de me défendre, mais il est très grand et avait déjà 18 ans. Quand il m’a lachée, il m’a dit que de toute fa?on, je n’étais rien sans sa mère et son père.
N’avez-vous jamais voulu partir ?
Je ne connaissais personne et ils étaient mon seul repère dans ce pays. Comme on me demandait d’être discrète et de ne pas parler aux gens pour ne pas risquer d’être expulsée, je restais seule la plupart du temps. Madame S. me disait même que je devais me sentir heureuse d’être chez elle et que je leur devais l’argent du billet d’avion. Selon elle, je serais morte de faim si j’avais d? rester en Afrique. Comment aurais-je pu partir ? Et puis, durant ces années, les gens ont peu semblé être surpris de la situation. Je devais leur donner l’impression que j’allais bien. C’est seulement au moment de l’adolescence que quelques personnes ont posé des questions. C’est pourquoi, à ce moment-là, elle m’a payé des cours de fran?ais au CNED. Mais comme il s’agissait de cours destinés à des adultes, ils n’étaient pas adaptés à mon niveau.
Comment s’est produit le déclic qui vous a amenée à vous enfuir ?
Je ne parlais à personne et marchais toujours seule. Aux environs de 16 ans, le décalage entre ma situation et celles des autres jeunes filles de mon age devenait de plus en plus important. Je les voyais marcher dans la rue, discuter ensemble tandis que ma solitude devenait de plus en plus décalée. Elle me pesait de plus en plus. Une voisine avait une fille dans la même école que celle où je venais chercher des enfants. C’est cette personne qui m’a aidée tout d’abord. Elle m’a amenée à la mission locale de Bondy. De là, on m’a ensuite mise en relation avec l’association Iris puis avec le Comité contre l’esclavage moderne.
(Le téléphone sonne. Elle arrête la conversation puis revient en me demandant de l’excuser, car il s’agissait d’une copine.) Cela veut dire que vous avez des amis maintenant…
Maintenant, dans le cadre de l’association, j’ai rencontré des amies qui me soutiennent et qui sont passées par des situations aussi horribles ou bien pires que la mienne. Cela m’a beaucoup aidée car j’ai longtemps cru que j’étais toute seule. Comprendre que ces comportements se reproduisent chez certaines personnes qui nous volent notre enfance, cela m’a aidée à dépasser cela.
Que comptez- vous faire maintenant et comment pouvez-vous rester en France si vous n’avez pas de papiers ?
Pour l’instant, je prends le temps. J’ai déposé plainte pour ces faits d’esclavage moderne. Dans le cadre de cette loi, on m’a donnée une autorisation de séjours de six mois qui me permet de rester en France pour l’instant. J’essaie d’avancer lentement. Pour le reste, je souhaite réellement voir ma famille. Je n’ai jamais pu parler à ma mère durant toute cette période. Il y a également les études, car j’essaie maintenant de passer le CAP de fleuriste que j’ai commencé. Ce sont les seules choses importantes pour moi pour l’instant avec ce procès bien s?r.
Propos recueillis par Axel Ardes
L’esclavage moderne est un phénomène qui touche, en France, très majoritairement de jeunes femmes sans famille, quelquefois mineures. En France, 60% sont originaires d’Afrique, 23 % d’Asie. 50 % d’entre elles sont victimes de violences physiques. Selon un rapport du Conseil de l’Europe dirigé par John Connor en 2001, plusieurs milliers de femmes en Europe vivent cette situation. Mais, les enfants ou jeunes femmes sont souvent confiés ou ? vendus ? à un membre de leur famille ou de leur communauté d’origine dans l’espoir d’un avenir meilleur.
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dimanche 20 mars 2011
Une navette spatiale secrète devrait bientôt atterrir… secrètement
On avait parlé de l’X-37B pour la première fois, il y a un peu plus de 2 ans. Aujourd’hui, cette mini-navette (elle est 4 fois plus petite que ses copines de la NASA) se balade au-dessus de nos têtes. Elle a décollée en avril dernier sur le dos d’une bonne grosse fusée Atlas V, et elle devrait se poser entre le 3 et le 6 décembre en Californie.
Sa fonction au sein de l’US Air Force n’est pas très claire. Nous savons qu’elle ne transporte pas d’astronaute puisqu’elle est entièrement automatisée. Certains pensent qu’elle peut servir à espionner les états ennemis, d’autres qu’elle servira à détruire les satellites ennemis. La rédaction de Gizmodo est divisée sur son utilisation.
- Fred pense qu’elle sert à brouiller les messages ennemis avec des chansons de Lady Gaga. “Poker face, Po-Po-Po-Ker Face” (c’est vrai que ?a doit être énervant).
- Rénald croit dur comme fer qu’elle ne sert à rien, que c’est pour laisser croire aux autres puissances que l’US Air Force a un programme militaire de premier ordre.
- Myriam s’en fout, elle ne pense qu’au Père No?l et à son calendrier de l’Avent.
- Et je pense qu’il s’agit en réalité d’une mission commanditée par les frères Bogdanoff pour enquiquiner Michel Blanc.
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dimanche 13 mars 2011
Le Burj Khalifa déguisé en sapin de Noël
Des feux d’artifice disposés sur toute la hauteur du gratte-ciel ont illuminé le ciel de Dubai pour former ce qui était probablement le plus grand sapin de No?l au monde.
Partout dans le monde, le passage à la nouvelle année a été l’occasion de tirer des feux d’artifice de toute beauté.
Voici Sydney:
Les photos proviennent de The Big Picture, qui n’a pas son pareil pour compiler les plus belles photos autour d’un thème d’actualité donné.
Si vous aimez les feux d’artifice, offrez-vous donc un tour du monde de l’Australie à l’Autriche en passant entre autres par Singapour, New York, Edimbourg, Hong Kong, Paris ou Moscou. Vous trouverez toutes les photos ici.
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samedi 5 mars 2011
Une ROM Windows Phone 7 pour le HTC HD2
C’est l’équipe DFT (pour Dark Forces Team) qui a créé cette ROM. On commence à être habitué à ces chassés croisés entre smartphones et OS. On a ainsi vu, entre autres, Android 2.3 sur l’iPhone 3. Mais cette fois-ci, la prouesse dépasse le simple portage. En effet, toutes les fonctionnalités du smartphone sont activées (le Bluetooth, GPS, Wifi, le multitouch…).
Mais de surcro?t, ceux qui feront ce portage pourront également utiliser l’interface Zune (l’équivalent d’iTunes pour les smartphones WP7) et même le temps de démarrage du smartphone est correct avec 20 secondes. Il est même désormais possible d’accéder au Windows Live Services une fois le HD2 flashé.
Il s’agit donc d’un bon moyen de donner une seconde vie à votre HD2 et par la même occasion de tester WP7.
Rappelons que le HTC HD2 est un téléphone disposant d’un écran de 4.3″, de 512MB de RAM, d’un CPU Snapdragon cadencé à 1GHz, mais qui tourne malheureusement sous Windows Mobile 6.5.
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